KEPHIR Environnement : Bureau d'études spécialisé sur les problématiques thermiques et environnementales Bilan carbone, ecobilan, habitat bioclimatique et passif, énergies renouvelables ...

 

En ces temps troubles et troublés, où le mot pluralisme semble revenir au goût du jour, il me parait opportun de creuser cette notion qui s’avère un tant soit peu galvaudée, face aux réalités qui nous menacent. Cette prise de conscience soudaine d’un nécessaire besoin de pluralisme au sein de notre société sera-t-elle suffisante ? Les très petites structures pourront-elles survivre au courant de normalisation qui se répand comme une traînée de poudre ? Il devient urgent de réfléchir aux fondements de la normalisation à tout-va qui conduit inexorablement à déposséder notre société de sa diversité et de sa vitalité.

La nouvelle norme RGE est le dernier exemple en date pour faire disparaître les petites structures. Cette norme, bureaucratique de plus, peut en première approche paraître séduisante, en introduisant une éco-conditionnalité des aides publiques et en laissant croire que nos dirigeants tiennent compte des nombreux travaux effectués lors du Grenelle de l’environnement. En réalité, si l’on y regarde d’un peu plus près, force est de constater que les opérations immobilières, en neuf comme en rénovation, tiennent toujours aussi peu compte des matériaux biosourcés, des énergies renouvelables et des démarches visant à réduire l’empreinte carbone et la consommation d’énergie grise. Au lieu de chercher à standardiser les prestations des bureaux d’étude, il serait préférable de les aider à améliorer le contenu de leurs prestations sur ces différents points. Au lieu de privilégier des solutions types, comme l’utilisation quasi systématique des plastiques alvéolaires ou expansés, il serait plus judicieux d’aider à l’obtention d’avis techniques ou de DTU pour les matériaux naturels à faibles impacts environnementaux. Doit-on devenir des prescripteurs au service des gros industriels du bâtiment qui produisent ces matériaux et oublier les risques de désordre qu’ils peuvent induire au niveau du bâti ancien? Doit-on satisfaire les organismes de certification au détriment de nos clients, surtout quand ceux-ci ont une véritable sensibilité écologique ?

Comment se fait-il que le RGE n’encourage nulle part les démarches passives, la limitation des émissions de gaz à effet de serre et d’énergie grise, les enveloppes thermiques perspirantes, l’utilisation de puits géothermique ou encore la récupération de l’énergie des eaux grises ? Comment ignorer ces objectifs quand on sait qu’environ le quart des émissions de CO2 est imputable au secteur du bâtiment ? Ce n’est pas le RGE qui nous permettra de faire évoluer la réglementation dans le sens de la prise en compte de ces objectifs pourtant prioritaires. Pourquoi chercher à faire disparaître des petites structures comme la mienne, ayant une réelle implication vis-à-vis de l’environnement et ayant développé ses propres outils pour pouvoir répondre à des projets en véritable adéquation avec le développement durable.

Tout comme les logiciels réglementaires, basés sur un moteur de calcul complètement dépassé et ne correspondant plus à la réalité du terrain et à la diversité des situations en rénovation, le RGE ne répond ni aux véritables enjeux actuels, ni à la situation d’urgence dans laquelle nous nous trouvons. Chercher à faire disparaître les très petites structures qui ne pourront faire face à de nouveaux investissements en temps et en matériel, au profit des grands bureaux d’étude ayant suffisamment de personnel pour supporter ces nouvelles contraintes n’est pas une bonne solution. Ces grosses structures qui, une fois encore, seront les seules à pouvoir s’en sortir, ne s’intéressent pas aux petits projets de rénovation trop peu rémunérateurs et trop compliqués à traiter car non automatisable.

Pourtant c’est cette multitude de petits projets qui constitue le garant et le fondement d’une véritable réforme nécessaire pour éviter l’emballement du réchauffement de la planète.

Seule une véritable volonté politique favorisant une rénovation au standard passif pouvant se départir de systèmes de chauffage centralisés pourrait conduire à diminuer véritablement notre dépendance vis-à-vis des énergies fossiles. Ce ne sont pas les formations proposées dans le cadre du RGE qui permettront à ceux qui ne se sont jamais intéressés à l’environnement de passer à des pratiques réellement vertueuses. Ils pourront tout au plus bénéficier de l’image véhiculé à grand coup de publicité par le RGE pour continuer à prôner la PAC sur air comme moyen de chauffage économe et respectueux de l’environnement.

Favoriser les démarches non conventionnelles et les logiciels libres permettant d’avoir des résultats proches de la réalité devrait être le sésame pour obtenir une véritable reconnaissance d’un travail de fourmi entrepris par nombre de petites structures comme la mienne, s’étant positionnées depuis longtemps sur ces marchés de niche. Deviendra-t-on, comme les pionniers de l’agriculture biologique, des icônes qui se seront épuisés à défendre des valeurs vite oubliées par les supermarchés bio envahies par des produits venant de l’autre bout du monde à coup de main d’oeuvre bon marché ? Le même scénario peut se reproduire à notre niveau si notre activité se déconnecte complètement du terrain et se résume à produire des listings de chiffres incompréhensibles crachés par quelques logiciels officiels. Dans ce cas de figure, la délocalisation de notre activité n’est pas loin.

La mention RGE Etudes est en fait une façon déguisée pour privilégier les grosses structures qui seront les seules à pouvoir y faire face. Cette nouvelle mention ne résoudra ni la question centrale de la réduction de l’impact environnemental de la construction et de la rénovation ni la demande des maître d’ouvrage d’avoir des réponses objectives et réalistes à leurs projets de rénovation énergétique. Peut-être est-il temps de clairement identifier nos missions dans le cadre de la mise en place du passeport énergétique des logements et de trouver un meilleur fonctionnement avec des architectes déjà engagés dans des démarches environnementales et qui ne sont pas soumis au RGE car bénéficiant d’une qualification professionnelle reconnue par l’Etat.

Dominique LOIR-MONGAZON
Consultant en thermique et environnement
www.kephir-environnement.com
Responsable pôle agronomie « Energie du terroir »
06.20.41.45.31