KEPHIR Environnement : Bureau d'études spécialisé sur les problématiques thermiques et environnementales Bilan carbone, ecobilan, habitat bioclimatique et passif, énergies renouvelables ...

 

Extrait de la revue "L'Est Agricole et Viticole" du vendredi 4 juillet 2014
Crédit texte et photos : David Lefebvre

Démonstration probante pour le granulateur mobile PCM

Avec une capacité annuelle de production de 2 400 tonnes de granulés de paille, objectivement réalisables, la nouvelle unité mobile de granulation PCM autorise de sérieuses perspectives de rentabilité pour constituer de nouvelles filières locales de valorisation de biomasse.

Granulateur mobile PCMHéliovolt, Képhir environnement et Hanau énergies, trois entreprises qui se consacrent à la question des énergies renouvelables, proposaient une démonstration à Weinbourg (67) d’un nouveau granulateur mobile le 18 juin. Les granulés de biomasse, beaucoup d’agriculteurs y songent. Mais pour l’heure, le marché ne proposait que très peu de solutions de fabrication fiables, hormis les traditionnelles unités fixes de déshydratation et de granulation pour aliments du bétail. La société allemande PCM semble avoir mis au point une unité mobile efficace et produisant sans nuisances de poussière et de décibels, des granulés avec un débit acceptable de 1 à 1,2 tonne par heure. L’unité de PCM est aujourd’hui très sollicitée en Allemagne du Nord.

L’unité qui tient dans un container et qui est donc transportable sur route dans un gabarit aux normes de transport classique, se compose d’un réceptacle avec pré-broyage, d’un séparateur de corps étrangers, d’un broyeur, d’un cyclone pour séparer les poussières de la granulatrice. Le tout est alimenté avec une génératrice de courant faisant partie également du container, d’une puissance de 200 kW et consommant 38 litres de fioul par heure pour compacter la biomasse aucinquième de son volume de départ, en forme de granulés de 8 mm de diamètre, compatibles avec toute chaudière à granulés.

Un rapide calcul énergétique présenté par Dominique Loir-Mongazon, de Képhir environnement, permet d’évaluer le gain énergétique d’une telle unité : connaissant sa consommation de 38 l/h et sachant que les granulés équivalent à 4,5 kW par kg, l’unité produit l’équivalent de 450 litres de fioul par heure sous forme de granulés ; «soit un facteur 12, qui est d’ailleurs ramené à 7 en incluant le coût énergétique de la production de la paille au champ et la logistique», explique l’énergéticien. Les granulés trouvent alors plusieurs valorisations, non seulement comme source de chaleur pour chaudières, mais aussi comme litière pour chevaux et quelques autres applications agronomiques ou à usage de matériau bio-sourcé.

Taux de rentabilité de 23 % sur 4 ans

L’unité PCM revient à quelques 450 000 € d’investissements qu’il convient de réfléchir d’un point de vue financier, dans un calcul proposé par Dominique Loir-Mongazon. Son calcul table sur une dépréciation annuelle de 20 %, une valeur résiduelle de 94 000 € après 7 ans, un emprunt de base à 3 %, un apport initial de 20 % et un fonctionnement annuel de 2 500 heures, soit 300 jours de 8 h. Calculs auxquels il faut inclure le coût du fonctionnement, soit la logistique d’apport de la biomasse dans un rayon de 30 à 50 km, le coût de main-d’oeuvre à 22 €/h, l’entretien et le fioul. Le prix d’équilibre s’établit alors à 95 € la tonne de granulés, pour une paille “gratuite”, au quel cas il faut rajouter le coût de la tonne de paille, soit 50 €/t.

Pour une prestation de service facturée à un 140 €/t à un agriculteur, le chiffres d’affaires annuel dans les conditions d’exploitations précitées se monte à 350 000 €, avec un résultat net de 170 000 € et une capacité brute d’autofinancement de 118 000 €.. Soit un taux de rentabilité de 23 % sur 4 ans, ou de 38 % sur 7 ans, indique Dominique Loir- Mongazon. Des chiffres particulièrement éloquents et qui devraient convaincre quelques agriculteurs investisseurs. Mais il reste à constituer les filières de valorisation.

Produire 1 200 tonnes de fioul par an

C’est pourquoi, le bureau d’étude Heliovolt d’Eberhard Rudert se propose d’assister la constitution d’une filière bioénergétique locale, où la biomasse est collectée, transformée, et où l’agriculteur est aidé dans sa communication pour vendre les granulés, pas seulement en tant que bioénergie, mais aussi pour d’autres applications comme les litières ou l’alimentation. C’est le concept “d’énergie du terroir”. Pour Monsieur Rudert, en France il y a généralement suffisamment de biomasse valorisable dans des rayons de 30 à 50 km pour rentabiliser ce type d’installation et donc participer au développement durable localement en maintenant la valeur ajoutée sur place.

D’un point de vue bilan écologique global, cette filière de biomasse s’avère particulièrement vertueuse dans la mesure où les 2 400 tonnes de granulés produits annuellement et en filière de valorisation bioénergétique remplacent quelques 1 000 000 litres de fioul consommés annuellement. C’est autant de carbone qui n’est pas émis dans l’atmosphère, soit 3 160 tonnes de CO2, précise Dominique Loir-Mongazon. Cette journée de démonstration a permis à l’unité PCM de démontrer la faisabilité technique de la granulation in situ. Des agriculteurs sont venus de très loin comme Philippe Colin, agriculteur à Hangest-sur-Somme (80), qui réfléchit à des débouchés pour ses 210 ha de miscanthus… Pour l’heure, 75 % de sa production est absorbée en tant qu’aliment pour exploitation laitière.